Michel photo "Ce matin-là, Michel était particulièrement joyeux. Il respirait avec bonheur l'air frais de juin : un début d'été qui s'annonçait beau et chaud. Mais pas encore accablant comme les mois de juillet et d'août où, certains après-midi, la chaleur était telle que tous restaient à l'ombre des figuiers du jardin ou à l'abri de l'intensité des rayons du soleil dans la grande salle commune du château . Bref, en ce jour, tout était rassemblé pour plaire au jeune homme qui passait le plus clair de son temps dehors. Quand il n’œuvrait pas au jardin, on pouvait facilement le trouver à l'atelier de maître Wayland – le forgeron - en train de fabriquer ou réparer mille objets ou, à bichonner Arion aux écuries. Néanmoins Michel appréciait tout autant aller chasser ou nager en compagnie de son meilleur ami d'enfance, Georges de Lydda. D'ailleurs si Michel était si content ce jour là, c'était justement parce qu'il allait retrouver Georges avec qui il projetait de s'entraîner pour la joute qui allait être organisée à la fin du mois. Depuis plusieurs jours, il ne pensait plus qu'à ça ! Quel jeune chevalier n'aimait pas prouver sa vaillance et épater les belles damoiselles qui se pressaient pour élire leur prince ? Comme tous les adolescents de son âge, Michel était...."

[....]

  "_ « Pour sûr, messire, que j'ai vu du pays ! Je peux même te raconter comment j'ai fait naufrage, par un jour de tempête, sur les côtes irlandaises. Un pays au-delà de notre mer mais, pourtant, pas si loin que ça... A à peine une bonne paire d'heures d'ici si le vent est favorable. C'est tout vallonné et vert là-bas... Et les hommes comme les femmes ont tous les cheveux rouge flamboyant avec plein de taches sur le visage. J'ai même ouï dire que la fille du roi de ce pays avait été enlevée par un dragon diabolique à la fois homme et bête... »

_  « Ah ?! » Michel fut soudain mis en éveil par une telle révélation. Voilà justement ce qu'il lui tardait d'apprendre ! « Peux-tu m'en dire davantage ? Que sais-tu de cette histoire ? Qui est cette princesse ? »
_ « Tu sembles bien curieux, jeune homme ! Je ne sais malheureusement pas grand chose. Si ce n'est que cette belle se nommerait Makéda, qu'elle serait la plus belle créature que jamais homme n'ait vue sur Terre et que, depuis qu'elle est retenue prisonnière par cette créature, le roi se lamente et dépérit. Mais ce sont là des histoires de bonne femme ! Qui peut croire à de telles histoires ? »

[...]

Michel se dirigea vers ce qui devait être une auberge. La maison avait plutôt fière allure avec son enseigne en fer forgé : « A l'auberge rouge ». Michel attacha Arion à l'anneau prévu à cet effet, fiché dans le mur, et entra. L'ambiance chaleureuse qui y régnait lui fit le plus bel effet ; quelques tables aux nappes à carreaux grenat étaient d'ailleurs déjà dressées et attendaient les convives du soir. L'aubergiste se précipita à sa rencontre :

_ Bien le bon soir. Messire désire une table ? 

Un fumet délicieux s'échappait de la cuisine qui rappela soudain à Michel qu'il avait, effectivement, grand faim.

_ Si fait, mon brave  mais, auparavant, je dois m'occuper de mon cheval.

_ L'écurie est derrière la maison. Il y a du bon foin et ta monture s'y trouvera confortablement installée. Comme s'il avait deviné la question de Michel, l'homme s'était empressé de lui en fournir la réponse en lui indiquant où se trouvait l'écurie.

_ Merci bien. Je reviens dans quelques minutes et si, pendant ce temps, tu peux me préparer quelque chose à manger et une chambre où passer la nuit, je resterais bien volontiers dans ton auberge. 

Ce disant, il aperçut une jeune femme, à la tête rousse, dans l’entrebâillement de la porte menant vraisemblablement aux cuisines.

_ C'est Flora, mon unique enfant, lui dit le tavernier qui avait suivi son regard, elle aide la mère, une incomparable cuisinière. Tu m'en diras d'ailleurs des nouvelles. Ses petits plats, et je te conseille ses cailles rôties au miel, sont merveille et un véritable régal.

Notre jeune chevalier était ravi et s'apprêtait à rejoindre Arion qui patientait dans la cour quand il fut hélé par Flora. Elle devait avoir à peu près son âge, environs quinze ou seize ans, et Michel fut ébloui par une telle beauté. Que faisait cette jeune fille avec ce tablier ? Ne devrait-elle pas plutôt être parée des plus belles soieries et vivre dans un palais ?

_ Monseigneur, te plairait-il que je te prépare une table près de la cheminée ? Les soirées sont un peu fraîches par ici et mon père allumera le feu.

_ Bien sûr, Flora ; où tu voudras, balbutia Michel bizarrement intimidé.

Après s'être occupé d'Arion, tout heureux de trouver bonne avoine et bonne paille, Michel revint vers l'auberge tout en cherchant à deviner où il était. L'obscurité avait progressé et envahi tout le hameau, si bien qu'il avait beau écarquiller les yeux, il ne retrouvait aucun détail familier qui lui aurait permis de se repérer. Il ignorait complètement quelle était cette petite bourgade. Il entra dans le restaurant où déjà l'aubergiste s'activait à allumer le feu dans l'imposante cheminée de pierres. Flora avait raison, la fraîcheur de la nuit se faisait déjà sentir et ce feu était le bienvenu pour réchauffer l'atmosphère. Michel s'attabla et attendit que son hôte ait fini de s'affairer, tout en lorgnant vers Flora qui accueillait deux autres hommes - vraisemblablement de la région, à en croire leur solide carrure, semblable à celle des hommes qu'il avait déjà croisés -. Il tendit machinalement l'oreille et comprit qu'ils partaient s'employer au château de Saint-Lizier et que, le soir les ayant surpris, il avaient préféré, eux aussi, faire halte pour la nuit.

_ Holà, maître, appela Michel, peux-tu me dire où nous nous trouvons et comment se nomme ce hameau ? Je viens de Montbrun, bien au sud de ce pays, à plusieurs journées de cheval, et ce village m'est parfaitement inconnu.

Le tavernier se redressa avec efforts et s'approcha de sa table. Le gros homme, rouge d'avoir tisonner le feu, s'assit face à Michel et appela sa fille afin qu'elle leur apporte un pichet de vin du cru. La fille aux cheveux rouges apparut aussitôt.

_ Goûte-moi donc ça : c'est le vin tiré des vignes de notre village, lui dit-il en lui tendant une des chopes.

Le breuvage, aux saveurs âpres, ressemblait aux hommes d'ici : trapus et bourrus.

_ Tu es à Cazenac, sur les terres du seigneur de Saint-Lizier, poursuivit-il.

Effectivement, Michel n'avait jamais entendu ces noms auparavant.

Progressivement, l'auberge se remplissait : quelques jongleurs, deux ou trois pèlerins et des marchands d'étoffes vinrent s'asseoir aux tables autour de Michel. Celui-ci n'aimait guère dîner seul aussi invita-t-il à sa table un voyageur sans âge qui paraissait seul et indécis.

_ Veux-tu m'accompagner et manger avec moi ? On est toujours mieux à deux que seul ; à moins que tu ne préfères que je te laisse tranquille ?, lui demanda Michel en lui faisant signe.

_ Si tu veux de moi, c'est bien volontiers ; moi aussi, je préfère la compagnie. 

La discussion s'engagea entre les deux hommes et Michel constata que, selon toute vraisemblance, le voyageur connaissait bien la région. C'était un troubadour, joueur de vielle, qui, selon la saison, allait de château en château, divertissant de sa musique les seigneurs qui le souhaitaient, ou animait les grandes foires de la région, toujours source de profit.

_ Pour sûr, messire, que j'ai vu du pays. Je peux même te raconter comment j'ai fait naufrage, par un jour de tempête, sur les côtes irlandaises. Un pays au-delà de notre mer..."

 

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